Le riz est cultivé sur l’ensemble de l’île de Bali, mais récemment le développement exponentiel de l’urbanisme laisse de moins en moins de place à ces paysages magnifiques. Les autorités locales en ont pris conscience et protègent ce patrimoine irremplaçable ; malgré leur vigilance les hectares de rizières continuent à se vendre au profit de constructions diverses.

Comme dans la plupart des pays d’Asie, trois repas quotidiens se composent autour d’une portion de riz cuit à la vapeur. Il est même courant d’entendre que « Si on ne mange pas de riz, on ne fait pas un vrai repas ! »

On lui donne plusieurs noms : Padi quand il est planté, Beras quand il est ramassé puis Nasi quand il est cuit.

Le riz est une ressource indispensable, il est sacré : sur chaque parcelle de culture et dans chaque cuisine la déesse Dewi Sri est honorée. La légende raconte qu’en se cachant dans les grains de riz elle les protégea des mauvais esprits destructeurs. Elle est la déesse de la fertilité et détient en elle le secret des origines des plantes. De son corps inerte enfoui dans la terre, les plantes du quotidien balinais sont nées : de sa tête sortit un cocotier, de son ventre le riz, et de ses pieds les légumes.

Préparer la terre

On travaille la terre avec patience pour qu’elle donne toute sa force aux brins nourriciers. Les rizières sont inondées et la terre est retournée plusieurs fois pour qu’elle soit la plus boueuse possible. De leur puissante encolure, les buffles tractent lentement des outils souvent sommaires. Après cette première étape, les parcelles sont de nouveau inondées, devenant des miroirs à ciel ouvert : une multitude de petits lacs reflètent la lumière du soleil, les nuages et les forêts environnantes.

On ouvre ensuite une petite portion de terre : depuis le champ le plus haut l’eau s’écoule petit à petit vers les parcelles en contrebas, révélant un fabuleux réseau, partie intégrante du processus Balinais qui libère l’arôme du riz et en font sa renommée.

Pendant ce temps, à la nurserie les grains de la précédente récolte ont germé : en le recouvrant du foin on a renforcé la chaleur pendant 3 semaines et les brins sont prêts à être plantés.

Les rizières en devenir

Au détour d’une route verdoyante, invité par un sourire, on peut voir de près le travail de repiquage. Attention pas de place ici pour la coquetterie : pieds dans la boue et dos courbé, sous un soleil de plomb ! Sur le terrain on comprend très vite la nécessité de se protéger de la chaleur grâce à l’ombre du célèbre chapeau chinois.

Les pousses sont disposées en rangées régulières. Pendant trois mois on les laisse grandir, s’épaissir, s’épanouir. Lorsqu’elles se sont bien étoffées et mesurent 60 centimètres, de nouveaux grains apparaissent et mûrissent alors que la plante jaunit.

Pendant cette période les grains en devenir sont précieusement protégés, car ils sont convoités par les oiseaux tous plus gourmands les uns que les autres.

Les balinais rivalisent de créativité pour confectionner des épouvantails aux formes variées : ceux que l’on pourrait qualifier de « traditionnels » sont coiffés d’une noix de coco et habillés parfois du sarong traditionnel, imitant un habitant en chemin vers une cérémonie au temple. Dans un style plus contemporain, des disques brillants ou de grandes plaques métalliques tournoient et éblouissent de leurs reflets, tandis que d’autres assemblages de boîtes de conserve deviennent très bruyants lorsqu’ils sont actionnés par le vent. La pratique la plus étonnante consiste à tisser sur toute la surface du terrain un entrelacs de fils et de bouts de sacs plastiques: le gardien de la rizière peut créer un mouvement général de couleurs et de bruits d’un seul coup d’orteil alors qu’il se repose à l’ombre de sa cabane ! Ingénieux !

Le temps de la récolte

Les astres sont consultés pour connaître les dates les plus propices à la récolte, puis les célébrations commencent avec les offrandes qui sont déposées autour des champs sur les autels de pierre ou de bambou, gratitude envers la terre nourricière que l’on va honorer à chaque repas.

Les champs sont alors asséchés et les brins coupés à la serpette. Le battage du riz contre une simple planche de bois permet de faire tomber les grains. Puis pour trier les premières écorces désolidarisées, on les évente en les lançant en l’air plusieurs fois.

Le soleil ardant et la poussière rendent la tâche particulièrement difficile physiquement, mais rires et chants ponctuent la journée, et la récolte est considérée comme un moment important de la vie sociale. Les familles se rassemblent, d’autres font connaissance ; autrefois il n’était pas rare de voir des couples se former.  Soyons romantiques à penser que de nos jours aussi !

Les grains de riz sont mesurés dans des seaux puis de gros sacs de 50 kilos. Paquetage hissé sur la tête, il faut être un peu funambule pour suivre les bordures étroites et boueuses et les marches de près de 50cm, jusqu’au point de collecte en général en bord de route.

Aucune partie de la récolte ne sera perdue : le reste des brins nourrira le bétail, et la rizière à nouveau inondée deviendra un fabuleux terrain de jeu pour les canards.

Les grains contiennent encore de l’eau et doivent sécher au soleil pendant une semaine afin de permettre leur conservation. Tous les endroits ensoleillés sont mis à contribution. Il faut encore ôter la membrane autour des grains pour qu’il puisse être finalement consommé. Il y a peu de temps encore, chaque famille stockait sa provision dans un grenier traditionnel ; aujourd’hui rarement construits ou utilisés, ils ont été remplacés par des sacs colorés.

 

Quelques grains de riz seront sélectionnés pour devenir matrice de la saison prochaine, entrant à leur tour dans le cycle immuable de la vie.

Une philosophie profondément ancrée dans la culture balinaise, qui pourrait bien être le secret de si belles rizières.